« Et tu remontes à contrecœur
L’escalier de service
Tu voudrais qu’y ait des ascenseurs
Au fond des précipices »
Hubert-Félix Thiéfaine

Les chairs s’occupent, se réunissent, maintiennent des espaces entre elles ou les franchissent. Le corps et ses occupations investissent l’espace. La chair construit le boulon qui construit le mur. Le mur sépare les chairs. Alors on reconstruit tout cela en plus petit, on joue à la poupée pour recréer des mondes, des doubles à notre image.

Que ce soit dans les installations ou les vidéos, la relation au vivant est toujours très présente dans mon travail. Quelques fois le corps est bien visible et d’autres fois il se voit fragmenté ou plus ou moins suggéré. Par « corps », j’entends toute forme vivante ou donnant l’illusion de la vie. Ainsi, dans ma pratique, je puise dans le registre de la marionnette et du théâtre de formes. Le pantin est une entité chargée qui cache, par-delà son castelet, davantage qu’elle ne montre. Ma démarche consiste à apprivoiser ce corps-objet comme élément plastique, en étudiant notamment tout ce qui en découle : subterfuge, interdépendance, alter ego, langage, anthropomorphisme, spectacle. Pour parler du vivant, il n’y a pas besoin de chair. Dans la réalisation de mes pièces, je fonctionne très souvent par fascinations plus ou moins passagères. La marionnette, les créatures artificielles sont en quelque sorte un fil rouge. Mais il y a aussi une multitude de fils qui le côtoient et s’entrecroisent : la langue des signes, la photographie post-mortem, les machines, les architectures industrielles, etc. Le principe est de créer systématiquement des liens et des effacements, des pleins et des vides. J’additionne deux langages pour en créer un troisième totalement illisible. Le marionnettiste est parfois caché dans le plafond surplombant la scène et joue sans être vu. De même, j’évite d’offrir toutes les clés de lecture de mes productions : montrer, cacher, suggérer.

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